jeudi, 25 novembre 2010

Téléphonie mobile et développement en Afrique Subsaharienne

Il y a quelques mois, nous avons eu l’opportunité d’assister à une conférence organisée à l’Agence Française de Développement sur la téléphonie mobile dans les pays en développement. Parmi les intervenants, Jenny Aker présentait les résultats de ses recherches sur les usages du mobiles dans les pays d'Afrique subsaharienne.

Professeur à l'Université Tufts Fletcher School dans le Maryland aux Etats Unis. Jenny Aker travaille principalement sur l'impact des technologies de communication dans les pays pauvres.

La note suivante est inspirée d'un article du Center for Global Development titré : Les téléphones mobiles sont-ils en train de révolutionner le développement en Afrique, ou sont-ils seulement des gadgets ? Question à laquelle Jenny Aker répond par oui et par non, avec les arguments suivants.


Infrastructures et accès au mobile

Nous savons que l’utilisation du téléphone portable s'est répandue à travers l'Afrique à un rythme étonnant. Le pourcentage d'Africains qui accèdent au téléphone mobile est passé de 10 % en 1999 à plus de 60 % en 2008.

Cette amélioration de l'accès au mobile devance largement le développement d’autres infrastructures comme les routes (29% des routes africaines sont asphaltées) l'adduction d’eau potable ou encore les infrastructures d'électricité (moins de 25% de la population d'Afrique accède à l'électricité) ou de téléphones fixes (3 lignes de téléphone fixe pour 100 habitants).

Contrairement aux pays du nord, le terminal est souvent partagé entre plusieurs habitants. Cela explique le chiffre de 60 % de couverture et cela traduit le besoin et l'utilité des télécommunications pour les populations.

Applications du mobile pour le développement

Quatre applications du mobile sont identifiés dans l'étude de Jenny Aker et Isaac Mbiti : Mobile Phones and Economic Development in Africa, en réponse aux problèmes des plus pauvres :

  • Les téléphones permettent une meilleur gestion des risques en facilitant le recours aux réseaux familiaux, qui, pour beaucoup d'Africains, sont les principaux et souvent les seuls filets de sécurité en cas d'urgence financière ou médicale.
  • Les téléphones réduisent l'asymétrie d'information et fournissent des informations précieuses sur les marchés des produits agricoles ou sur les besoins en main d’œuvre. Cela permet d'économiser des coûts de transport et du temps.
    • Les agriculteurs peuvent connaitre le prix de vente de leurs cultures dans des villes distantes.
    • Les demandeurs d'emploi peuvent se renseigner sur les possibilités de travail éloignées de chez eux.
  • Les téléphones permettent une meilleure gestion des stocks. Un commerçant en rupture peut joindre son fournisseur et demander une livraison en évitant les pertes induites par le délai d'approvisionnement.
  • Enfin, les téléphones sont utilisés pour améliorer la prestation et le suivi des services publics de base. Grâce à un SMS, des données médicales peuvent être transmises à un hôpital éloigné ou alors, les villageois peuvent signaler une pompe à eau cassée.

Le mobile est un élément du développement

Si Jenny Aker est enthousiaste sur les avantages des téléphones mobiles pour le développement, elle rappelle qu'ils ne constituent qu'une partie de la réponse : « l’accès aux téléphones mobiles n’est pas une solution miracle. Les mobiles ne peuvent pas remplacer les investissements dans les biens publics, la santé et l'éducation. Ces investissements combinés à ceux dans les TIC sont les conditions d'une promotion de la croissance économique. »


Interview audio de Jenny Aker
(en anglais )

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Et si vous avez un téléphone mobile inutilisé, vous pouvez consulter le site de la société monextel qui propose de choisir parmi une liste d’association, celle que vous voulez soutenir en versant la valeur de votre téléphone portable. (Nous avons cherché des organisations qui proposent la réparation et le reconditionnement de portables à destination des pays du sud, mais nous n'en avons pas trouvé).

Ces modèles sont intéressants mais il faut garder à l’esprit le fait que les pays du sud reçoivent quantité de matériels électroniques de seconde main,  alors qu’ils ne disposent pas des infrastructures permettant d’éviter que ces déchets ne polluent les sols et les cours d’eau. Il faudrait donc
trouver un moyen de financer la collecte et le recyclage de déchets électroniques dans les pays du sud sans que cela ne mette en danger environnements et populations.


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