lundi, 25 octobre 2010

Odissée ou le débat participatif : le débat en lui même

Suite à cette introduction, l'animateur présente les experts invités, ici Xavier Ricard, Directeur de l'International du CCFD, ainsi que les membres de l'Odissée, sortes de parrains de session, Louise Avon de l'AFD et Henry de Cazotte, ancien Directeur du Département « Relations extérieures et communication » de l'AFD. Mais étonnamment, ce ne sont pas ces personnes qui vont s'exprimer. Au contraire, chaque participant peut s'exprimer sur simple demande. Ainsi les deux heures de la session permettent pour une fois d'avoir le temps de s'exprimer. Le temps des questions-réponses classiques aux conférences est ici utilisé sur la quasi-totalité de la session, sauf que les questions s'adressent à la salle elle-même.

Ce qui en est ressorti n'est pas révolutionnaire, des idées plus que des concepts ont pris part à la discussion où globalement le même avis est partagé. Il est tout de fois intéressant de voir que l'angle et l'interprétation du problème et donc de la solution diffèrent selon les participants.


Repenser le territoire :


Pour Xavier Ricard du CCFD par exemple, le problème est la nature de la croissance, et non le fait d'aider ou pas, car même avec de l'aide il y a et il y aura des inégalités partout y compris dans les pays développés.

Il contextualise plutôt la croissance dans une problématique territoriale. La solution consisterait en la refonte de la notion de croissance et la création de valeur sans pour autant détruire les ressources et le capital. Car cette situation actuelle annule les frontières sans pour autant annuler les inégalités. En effet, les activités et les territoires sont plus ou moins favorisés et déséquilibrés. Il faut donc repenser l'économie et la gouvernance avec la notion de territoire. Dans cette thématique, est proposée par le public la mise en place de petites organisations locales portées par les populations afin qu'elles deviennent elles-mêmes acteurs de leur propre développement.

Autre approche territoriale : Marie-Thérèse qui a travaillé pour l'UNESCO explique les discordances dans les secteurs d'action et les secteurs d'activité. Le premier a un périmètre restreint (souvent national), comme le secteur social, le culturel et la politique, alors que les secteurs financiers jouent dans un cadre large (souvent international) comme la finance. Il y a un grand éccart entre les deux niveaux alors qu'ils s'influencent mutuellement. La solution ? Une gouvernance mondiale.

Georges de la Plateforme du Commerce Equitable est assez favorable au principe de gouvernance mondiale, progressivement. Mais le problème du contrôle et de la régulation se pose. Comment et qui contrôle l'OMC par exemple ? Nous faisons confiance, mais nous ne savons pas, rien ou si peu. Aussi une internationalisation ne doit pas pour autant effacer ou oublier les régions et même si cela s'entrechoque avec les questions et problèmes de migrations nationales. La promotion de la société civile doit être favorisée, systématique et donner appui en moyen, parole, marge de manœuvre pour être des interlocuteurs intermédiaires, complémentaires et indispensables.


Redistribution des richesses :

Un avis globalement partagé est que les inégalités sont avant tout la résultante d'une inégale distribution des revenus nécessaires entre le nord et le sud. Il est acquis, à tort ou à raison, qu'il est impossible de lutter contre. La solution est d'alors de compenser par une communication de masse à l'échelle planétaire sur l'abondance de certains, sur les inégalités. L'objectif est qu'à défaut de faire bouger les responsables, il faut conscientiser les peuples, provoquer une morale citoyenne pour une morale collective. Dans l'absolu évidemment, les institutions ne font pas leur travail, la finance et la gouvernance sont à rechanger, en commençant par les paradis fiscaux qui coupent les moyens aux états et instances internationales pour redistribuer les fonds qui existent. D'où la remarque d'un professeur de Sciences Politiques d'Aix en Provence qui pense qu'aujourd'hui, on ne veut plus partager, ce n'est plus le même paradigme qu'avant. Le principe est de s'étendre sur le plus de territoires possibles avec le moins de moyens possibles.


L'éducation comme priorité :

Pour Sœur Marguerite, religieuse à Brazaville depuis 32 ans, la 1e inégalité est celle de la scolarisation,. Près de 30 millions d'enfants en Afrique ne sont pas scolarisés et 150 millions de ceux qui le sont, le sont mal. Un membre de Patrimoine sans Frontière précise que l'éducation ne doit pas être un but en soit mais un vecteur de développement : le savoir faire doit permettre une autonomisation.


La patience :

Pour un participant issu du Groupe Afterdan (association des anciens de Danone) il faut admettre que la croissance est inégale par nature et comme elle est indispensable pour évoluer, elle ne cessera  pas. Cependant, elle se diffuse dans le temps et dans l'espace, par à-coups puis par alignement. La démocratie a suivi le même processus. Il faut simplement laisser du temps au temps et penser qu'il y des milliards qui ne mangent pas mais qu'il y a aussi des milliards qui mangent.


La démocratie au centre :

De même, nous « fêtons » les 50 ans de démocratie et d'autonomie en Afrique. Mais de quoi parle-t-on vraiment ? Le débat met en avant la croissance et l'inégalité, et cela sous-entend des notions économiques ou sociales, hors il s'agit bien avant cela des prises de décisions qui entraînent le positionnement actuel : le cœur est donc la démocratie ! Par exemple, en France on parle de scolarité démocratique, égale pour tous alors qu'on sait très bien qu'elle est très élitiste... Attention donc, il y a des valeurs autres que monétaires.

Aussi, une médecin de l'assemblée travaillant en Afrique subsaharienne apporte son point de vue : La société civile est résumée aux ONG, syndicats, organisations civiles etc... Si on veut réduire les inégalités, il faut définir l'égalité, donc des normes, mais comment définir les normes ? La démocratie se définit par le principe d'une personne égale une voix, mais est ce que cela marche partout ? N'existe-il pas un autre système différent tout autant démocratique à exploiter comme ce que propose l'arbre à palabre (discussion sur une question touchant à la vie de la communauté, entre les hommes d'un village, principe beaucoup plus répandu en Afrique) ?

Un anthropologue nous explique la problématique de la légitimité de l'acteur (et de l'acte en lui même) qui agit pour autrui. Au Mali : les habitants ont peu confiance envers les institutions et les administrations à cause de la corruption, s'est donc développé des associations d'usagers. L'une d'entre elles s'est constituée progressivement pour gérer et organiser l'approvisionnement et la distribution de l'eau indépendamment du pouvoir. Au fur et à mesure cette association est devenue, plus ou moins malgré elle un contre-pouvoir évident. Elle s'est amplifiée et est devenue politique. L'aide concernant l'eau s'est transformée en aide au développement. Cela a dégénéré, car les politiques ont mis en place un blocage pour reprendre le dessus sur la situation... La démocratie locale a ses limites, tout simplement par la peur de perte du pouvoir de ceux qui le détienne. Il est impossible de lutter contre la nature humaine...

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Retrouvez l'explication du concept d'Odissée comme le débat participatif

Retrouvez les travaux préparatoires sur l'aide au développement évoqués lors de l'introduction au débat

Retrouvez la conclusion du débat

Plus d'informations sur le site de l'Odissée

Retrouvez également la conférence Le Sud mérite-t-il nos clichés ?
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