mercredi, 24 mars 2010

Mars 2010: le mois de la liberté de cyberexpression

Espace immatériel, Internet n'en est pas moins devenu la plus grande bibliothèque d'analyses, de débats et de réflexions de notre époque. Les services de communication et de partage sont de plus en plus nombreux : le mail, la messagerie instantannée, les forums, les blogs, puis les réseaux sociaux et les plateformes de microblogging ont pris le relais.

Dans notre vie matérielle, les lois, normes, hiérarchies et juges sont obligatoires pour la régulation. Sur le web, si de nombreux principes restent à inventer, l'anonymat garanti le fait que ch
acun peut dire ce qu'il veut, comment il le veut, où il veut et à qui il veut dans une relative liberté. Potentiellement, rien n'est tabou, tout peut être objet de discussion.

Mais l'émergence d'internet ne se fait pas partout en douceur. Le problème du contrôle des médias et des échanges interpersonnelles se pose pour les gouvernements, les plus autoritaires notamment. Outil de communication et d'organisation, le contrôle d'Internet est un enjeu majeur pour les Etats et la liberté d'expression et d'information des populations.

 

La journée mondiale contre la Cybercensure

Reporters sans Frontières (RSF) prend les armes pour cette nouvelle bataille. En complément de son rapport annuel sur la logoRSf.gifliberté de la presse, l'association oriente désormais son analyse sur la liberté d'expression sur Internet. La journée mondiale contre la Cybercensure décrétée depuis trois ans le 12 mars, est l'occasion de dénoncer la répression des internautes à travers une liste des « ennemis d'Internet » et des pays « sous surveillance ».

Les emprisonnements massifs, arrestations, intimidations, fichages et autres critères permettent de visualiser les degrés de liberté autorisés ou du moins contrôlés. Le moins que l'on puisse dire, c'est que cela ne va pas en s'arrangeant puisque RSF relève une soixantaine de pays sur la tangente en 2009, le double de 2008.

Quelques exemples

  • au Maroc, un blogueur et un propriétaire de cybercafés emprisonnés pour avoir évoqué la répression d'une manifestation sur le web ;
  • en Azerbaïdjan deux blogueurs attaqués pour avoir mis en scène la corruption des autorités dans une vidéo sur YouTube,
  • au Yémen quatre journalistes arrêtés.

Au total, près de 120 personnes recensées seraient détenus, dont 72 en Chine

En bref les pires ennemis de la liberté d'expression sur internet sont : l'Arabie Saoudite, la Chine, l'Egypte, l'Iran, l'Ouzbékistan, la Syrie, la Tunisie, le Viêt-Nam, qui installent des systèmes de filtrages très sophistiqués, sans compter la Birmanie, la Corée du Nord, le Turkménistan et Cuba qui interdisent l'accès à Internet. Des pays créent carrément des lois, comme la Jordanie, le Kazakhstan ou l'Irak.

Les pays dis « sous surveillance » sont la Turquie et la Russie, qui bloquent plusieurs sites, ou la Corée du Sud qui impose des lois sur l'anonymat et l'autocensure. Google et Youtube sont inaccessibles dans 25 pays : enjeu politique, Internet est devenu un outil de contrôle politique supplémentaire.

D'autres pays comme la France, l'Italie, l'Australie ou la Grande-Bretagne, souhaitent un outil de régulation, mais  la question se pose : les luttes contre la fraude, la pédophilie ou le piratage ne sont-elles pas aussi des prétextes pour avoir une main mise sur l'ensemble des contenus de la toile ?

Il est, de plus, inquiétant qu'au niveau européen, le projet secret et toujours flou d'Acta (Accord de Commerce Anti Contrefaçon) fait débat. La Commission Européenne a pourtant tenu, le 22 mars 2010, une séance publique, mais elle ne semble rassurer ni les internautes, ni les associations de défenses de liberté d'expression et de propriété intellectuelle, mises de coté et jamais consultées depuis près de 3 ans. Personne ne sait vraiment ce qui se trame, les critères, les dispositifs et les consquences de cette loi sur la contrefaçon.


La solidarité s'organise

Parallélement, les internautes développent des formes de solidarité mondiale, s'échangent les outils de contre-censure, se partagent des informations concernant des événements, les « flashmob » militants comme celui d'ACF récemment à l'occasion de la journée mondiale de l'eau etc... L'ampleur a de quoi inquiéter, car cela marche. (Voir notre article du 15/01/2010 : Iran-Moldavie : les nouvelles formes numériques de mobilisation politique).

Internet s'ajoute progressivement aux sources classiques. Il permet l'émergence d'une infinité de sources, de relations et d'échanges entre utilisateurs.

Concernant la protection des sources des journalistes, le site WikiLeaks né en 2006 par des journalistes et wikileaks.jpgmathématiciens semble garantir un anonymat parfait et a permis la révélation de dossiers secrets et embarassants. Des pays, comme la Chine, la Corée du Nord et la Thaïlande ont tenté de le bloquer en vain.

Wikileaks vient  d'ailleurs de faire l'objet de polémique sur la liberté d'expression et de diffusion sur internet au point que le gouvernement américain a souhaité fermer le site, après la diffusion de documents compromettants sur l'armée américaine.  "Certaines informations peuvent avoir une valeur pour les services de renseignements étrangers, pour les forces militaires étrangères, pour les insurgés étrangers, et pour les groupes terroristes étrangers pour collecter des informations ou préparer des attaques contre les forces américaines" est l'explication officielle reprise par le Nouvel Observateur, le 15 mars dernier.

WikiLeaks reste actuellement ouvert.

Nécessairement, les associations qui travaillent sur le sujet sont récentes et bonnes utilisatrices du web. Citons en exemple : Internet Sans Frontières né en mars 2008 (fondé par Christophe Ginisty) qui organise un colloque en mai sur le thème de la liberté d'expression sur internet ainsi que des formations au web pour les associations. Nous vous invitons à visiter leur site web, très riche d'articles et de ressources et à les suivre via twitter.

Vous pouvez également aller parcourir le site de la campagne Irrepressible d'Amnesty International. Démarré en 2006, cet appel à signature continue et à réuni 84 783 signatures depuis sa mise en ligne.

Au niveau juridique, certains pays prennent la tête de la défense des libertés  : la Finlande reconnait Internet comme un droit fondamental pour tous citoyens et l'accès au web dans chaque foyer. On peut également citer l'Islande, futur Eldorado des internautes, qui travaille sur l'Icelandic Moderne Media Initiative (IMMI), loi protégeant les libertés sur le net, la transparence et l'indépendance.

Le Prix du Net Citoyen

parvin.jpgDans ce tourbillon, RSF a lancé son premier prix du Net Citoyen, en partenariat avec Google. Il récompense  ceux qui se battent pour la liberté d'expression sur le web, blogueur, journaliste  ou cyberdissident.

Etaient nominés : la philosophe et blogueuse Yoani Sanchez à Cuba, le journaliste Tan Zuoren en Chine, le blogueur Tamer Mabrouk en Egypte, les administrateurs du site ingushetiyaru.org en Russie et le militant Nguyen Tien Trung au Viêt-Nam.

Ce sont les cybers féministes iraniennes du site www.we-change.org qui ont remporté le prix. Né en 2006, afin de promouvoir une campagne contre les lois discriminant les femmes, le site est aujourd'hui la référence dans le pays en matière d'information sur le droit des femmes. Parvin Ardalan, l'une des fondatrices, militante, journaliste et blogueuse s'est vu remettre le prix par le journaliste français Jean-Marie Colombani.

souris.png

Pour accompagner ce prix, RSF lance une campagne web via le téléchargement gratuit d'un pictogramme d'une souris d'ordinateur se libérant de ses chaînes, à insérer dans les signatures de mails, de sites ou de blogs.

 

La liberté d'expresion a donc été à l'honneur tout au long du mois de Mars 2010. Avec en guise de chute, la rupture entre Google et l'administration chinoise. Le 22 mars, le moteur de recherche a annoncé être fatigué de censurer en fonction du bon vouloir du gouvernement, être lassé d'être la victime d'attaques non assumées. A défaut d'accords communs, il préfère se retirer de la sphère chinoise. Les internautes  chinois sont désormais redirigés sur le Google de Hong Kong où la censure est moins importante et les caractères chinois simplifiés. Mais que nous résèrvent les quelques jours restant avant avril ?

pour aller plus loin.jpg

Acta :

La Quadrature du Net dévoile une partie du texte de l'Acta - 23/03/2010

Propriété Intellecteuelle, le coup d'Etat, par le blog du Monde Diplomatique - 20/03/2010

Acta: le gouvernement français se rebelle, la France reste muette, par le blog Ecrans de Libération - le 19/03/2010

L'IMMI en Islande :

L'Islande pourrait être un refuge pour les journalistes, par Euractiv - le 10/02/2010

WikiLeaks :

Censure: Le gouvernement américain envisage de détruire Wikileaks, par le Nouvel Obs - le 15/03/2010

Wikileaks décrété "menace pour l'armée par le Pentagone, par Rue 89 - le 20/03/2010

Google en Chine :

Historique: Chine: Google plierait ses bagages le 10 avril, par Silicon.fr, le 19/03/2010

Pour contourner la censure chinoise, Google se replie vers Hong Kong, par Le Monde - le 23/03/2010

Google arrête de censurer la Chine, par RSF - le 22/03/2010

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